CRÉATIONS :

PIADAS

2018

Sur les traces des géants (dins lei piadas dei gigants) est une suite de poèmes empruntés à divers recueils de Roland Pécout, poète marcheur et dériveur du renouveau occitan, dont l’oeuvre est caractérisée par ses liens avec la beat generation et les mondes poétiques des années 60 et 70.

Mais plutôt que de rebattre une voie suffisamment explorée, c’est à une découverte généalogique que nous invite cette suite, où des poètes précurseurs et Pécout racontent la force autant que la nécessité de leur attachement aux cultures populaires.

La densité archaïque et chatoyante d’une tradition, l’horizontalité du récit mythique, la puissance contrastée de l’imagerie ou les démonstrations sereines d’une humanité généreuse et unie hantent leurs univers respectifs, de façons parfois inattendues :

Ainsi Ginsberg va puiser aux coutumes des native americans pour redéfinir une posture de responsabilité vis-à-vis de la de la Nature et de notre nature ; Pasolini s’enivre d’un jeu de désirs inavouables, dans une fête populaire, et part assouvir sa soif d’amour avec un peuple envisagé dans son essence ;

Kérouac,lui, attend comme une révélation de connaître sa destination tandis que Hafiz s’ancre à l’ivresse pour mieux s’échapper dans la langueur d’un voyage intérieur ; pour le Rimbaud des Illuminations, le voyage de l’homme européen est l’argument autant que le lieu d’un saccage …

 

Confronter ces textes à la polyphonie populaire, c’est aussi redonner à l’oralité la place que leurs auteurs semblent lui reconnaître, et renouer ce lien qui, dans des temps pas si reculés, faisait se conjuguer dans un même lyrisme la muse des aèdes et le « joi » des troubadours. Le chant y est exalté tant par l’invention poétique (et l’imaginaire dévoilé) que par la neutralité rugueuse du geste polyphonique.

Parfois timbrées alla sarda, parfois dans les sinuosités du chant orthodoxe, souvent aussi dans la fièvre que l’inspiration méditerranéenne attise, les voix portent littéralement le texte aux nues et les chanteurs peuvent laisser s’écouler comme un flux inaltérable le discours poétique. Son caractère énigmatique, renforcé par un jeu appuyé sur les silences et les intervalles inhabituels que la variété des modes de versification suscite, déroute délibérément l’auditeur.

i n t e r p r è t e s

 

Chanteur dans de multiples styles (lyrique, choral, médiéval, traditionnel), chef de choeur, compositeur et pédagogue, Geoffroy Dudouit a suivi un parcours atypique et autodidacte pour se former au métier de la voix. C’est ce qui lui a permis de rencontrer des pratiques alternatives et originales, qui fondent son enseignement actuel. La poésie médiévale et la poésie contemporaine sont au centre de sa démarche créatrice, dont trois disques font déjà témoignage.

 

Méditerranéen entre deux terres, deux cultures, cet aspect métissé de l’identité de Damien Toumi influence grandement son parcours, chacun de ses voyages en Méditerranée est l’occasion de ramener dans ses bagages une langue nouvelle, qu’il se plaît à parler ou chanter. Amoureux d’accents et de dialectes, sa rencontre avec la langue et la culture occitane fait écho à une vision de l’humain citoyen, où cultures, langues et musiques s’échangent volontiers …

 

C’est en Italie et en Bulgarie que Manu Théron se découvre chanteur, par la fréquentation assidûe de musiciens traditionnels. Décidé dès lors à ré-ancrer le chant occitan dans son horizon méditerranéen, il fonde Gacha Empega, puis Lo Còr de la Plana, imaginant pour la polyphonie un rôle de ré-appropriation au service d’une culture occitane renouvelée. C’est ce qu’il s’attache à promouvoir dans de nombreux projets, sur scène ou dans ses enseignements.

 

Thomas Georget a mis du temps à comprendre qu’il aimait chanter. Il a alors goûté aux musiques contemporaines et anciennes, savantes et de tradition, à danser et à raconter, sans trop de distinctions et se formant au gré des rencontres. Mais il s’est toujours attaché aux musiques qui se vivent à plusieurs, scène et audience. Ses terrains de création sont maintenant la polyphonie, le bal à la voix et les pratiques anciennes, toujours entre pratiques orale et savante.

 

Guillaume Maupin est né in extremis dans les années 70. Saintongeais d’origine, il est Bruxellois. Outre ses étonnants concerts solo, il peut se transformer en conteur intime et érudit de la musique folklorique anglo-saxonne, en Loosy the Pooh dans la formation dégénérée Music for Rabbits, en chanteur a capella dans le trio Tartine de Clous, ou en Juke-box humain, interprète de quelques 200 morceaux dans une boîte construite et bariolée pour l’occasion.

 

« Dins lei piadas dei gigants » est un concert de musique vocale inspirée par les musiques populaires de méditerranée, dans lequel la poésie occitane contemporaine de Roland Pécout occupe une place majeure.

C’est pour donner aux textes de ce dernier un relief et une perspective nouvelle que nous avons, en accord avec lui, fait appel à d’autres écritures poétiques qui intègrent l’évocation de cultures populaires en voie d’exctinction ou en pleine renaissance, selon les oeuvres ou les imaginaires sollicités :

chez Pasolini et Ginsberg, cette référence irrigue les textes choisis, et définit même le rapport du créateur au monde qui l’entoure en participant à l’épanouissement de son désir ; Hafez et Kerouac proposent une évocation plus implicite qui se condense dans les outils sémantiques, la versification et/ou les formes adoptées. Rimbaud, seul, prophétise le rapport des européens de son époque à l’altérité et Pécout témoigne ainsi d’un « état du monde » que ses prédécesseurs ont appréhendé chacun à leur manière.

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